Après avoir eu le malheur de "goûter", un peu par hasard, à la course à pied en 2008, je me suis découvert une passion pour ce sport qu'est le trail.
Un sport d'addiction, où chacun peut y trouver du plaisir, une motivation, des défis à relever.
Un sport qui permet de découvrir de nouvelles contrées, des paysages, des ambiances uniques, des personnages.
Un sport de partage, où les derniers côtoient les premiers, où l'on partage des valeurs.
J'ai longtemps hésité avant de créer ce blog, car loin de moi l'idée de me mettre en valeur (ceux qui me connaissent n'en douteront pas en instant), je tiens surtout ici à vous faire partager ma passion, au travers de mes récits de courses et des tranches de vie vécues depuis quelques années sur les sentiers...et pourquoi pas vous transmettre ce virus qu'est le trail et plus particulièrement l'ultra trail!



dimanche 28 mai 2017

Un Beaver Trail Vite vite !!!

Avec mon tendon de cheville toujours « sensible », c’est avec sagesse mais aussi regret que j’avais décidé de réduire mon volume de courses prévues pour ce we de l’Ascension où je devais initialement enchainer les formats de 45km du THP puis du BeaverTrail. Mon nouveau programme, aussi intense, mais beaucoup moins traumatisant pour la cheville fut  le CitaTrail du THP le vendredi soir où la victoire en relais avec le Team nous à couté à tous une paire de poumon, l’ascension de la Montagne de Lure le lendemain en vélo en « recup » avec 105km et 1800D+, suivi du parcours « kid » de 15km du Beaver trail le dimanche.
Le réveil du dimanche est un peu difficile après cette belle première partie de we passée avec le team autour du THP, mais j’essaie de rapidement me concentrer sur l’objectif du jour même si je sais déjà que ce Beaver Trail sera trop rapide à mon gout. Une bonne demi-heure avant le départ, je pars m’échauffer en plaçant  quelques accélérations  afin d’être chaud et opérationnel dès le départ. Juste le temps de faire un rapide briefing  que le départ est donné. Tellement convaincu que ce trail sera ultra rapide, je prends en main la course et impose inconsciemment un rythme assez (trop) rapide. Les premiers km sur une large piste commencent à étirer le peloton. Nous nous retrouvons à deux à mener la course à rythme de 16 km/h et je suis alors heureux d’avoir mes Terrex Agravic Speed au pied pour cette séance de vitesse. Je m’étonne de pouvoir contenir cette horde de coureur durant ces quelques kilomètres mais subitement, je sens que ma vitesse commence à diminuer avec une sensation de fourmillement dans les jambes. Sans pouvoir faire grand-chose, je vois alors quelques coureurs me doubler. J’essaie de m’accrocher mais je subis, je ne suis pas dans ma zone de confort d’ultra trail, je suis à la limite de la nausée. Je ne m’imagine même pas avaler un gel ou bien m’hydrater. Je suis alors 8ième, à la dérive, et le moral en prend un coup. Je me dis que je vais finir en mode randonnée et profiter du paysage mais c’est tout de même râlant sur un parcours aussi cours. Tellement cours et intense que quelques minutes plus tard, toujours dans le doute de savoir je ralenti ou non, je vois que j’arrive un peu à revenir sur le groupe de devant. 
Allez go, je suis là pour me mettre dans le rouge, donc je profite de ce moment de mieux pour recoller à mes poursuivants et reprends les reines de ce groupe. Au pied de la dernière « grosse » montée, j’arrive à creuser l’écart et seul un coureur s’accroche. Je le sens moins à l’aise que moi dans le technique et profite alors d’une petite descente raide pour prendre un maximum de risque et le distancer d’une centaine de mètre. Pas le temps de s’arrêter au ravito, je relance et maintien la vitesse en montée pour garder mon écart mais je souffre. Encore une petite descente ou j’essaie encore d’accroitre de quelques mètre mon écart. C’est chose faite, il ne reste plus que 2km et l’écart doit être de 200m. Il me suffit de gérer l’écart. Je franchi la ligne en 1h15 en déroulant, heureux de mettre bougé sur cette course. Aucune idée de mon classement, je suis pourtant 4ième (et 1ier senior), ce qui me donne encore plus le sourire.
Une bonne expérience de se confronter à une distance si courte où l’on s’aperçoit que tout est différent de l’ultra : pas le temps, ni l’envie d’ailleurs, de boire où manger, ne pas gouter aux joies du ravito, à peine la voix pour dire bonjour ou merci aux bénévoles et spectateurs, essayer de se battre sans cesse pour gagner une place ou creuser un écart avec les coureurs (même si cela est resté bon esprit entre nous). Bref je me suis bien amusé au final et ma cheville me remercie de ce we !
L’après midi, un peu en manque de distance, j’ai ressorti le vélo pour une petite sortie de décrassage sur les routes que je parcourais quand j’étais ado entre Poulx et Uzès. Un we bien rempli grâce à  la complicité et au partage avec mon Team EnduranceShop 13, à Eric Andreo et toute l’Equipe du Beaver trail qui nous a offert un sublime trail malgré les grains de sels qui n’ont pas réussi à mettre à mal l’organisation de la course, et une fois de plus à mon équipe de kiné de Gardanne qui fait au mieux pour soigner ce tendon rebel !

Comme on dit dans la team : « We love Running (and cycling ;-) ! »




samedi 22 avril 2017

Le Penyagolosa Trail où quand la tendinite a raison du traileur !



115km et seulement 5500D+ : Il fallait s'attendre à un Penyagolosa Trail très roulant avec une horde de coureurs espagnols au sang chaud prêts à partir sur les chapeaux de roues. C'est donc un entraînement basé sur la vitesse que j’ai essayé de tenir quelques semaines avant la course si ce n'est sans compter sur une tendinite au niveau de la cheville qui me forcera à rester quasi au repos à 3 semaines de l'objectif avec des sons intensifs chez le kiné.
Malgré la cheville encore douloureuse quelques jours avant la course je prends tout de même la décision de m'aligner sur le départ de cette épreuve de l'Ultra Trail World Tour, accompagné de Galinette Laurie venue également représenter le Team EnduranceShop 13 à l'international.
Il est 23h le vendredi soir quand nous débarquons sur le lieu du départ, le stade d'athlétisme de l'université de Castellon. Il fait frais mais l'ambiance hispanique, la musique et le speaker œuvrent pour nous réchauffer. Avec Laurie et Roxane, les seules représentantes françaises, nous nous positionnons en tête avec les élites. Je sens que cela va partir vite entre l'entrain des espagnols et le fait de faire un tour de stade sur le tartan en guise de départ: une séance de fractionné à froid...au top!
Minuit le départ est lancé, je me fis à mes sensations, ma douleur à la cheville est absente, et les jambes légères. Je reste alors au contact du peloton de tête en compagnie des stars espagnoles et thimoty Olson. Le premier ravitaillement passe très vite, juste le temps de faire un signe à mes parents. Je ne m'arrête même pas. Je jette un coup d'œil furtif à ma montre: nous avons bouclé les 10 premiers km à plus de 12km/h de moyenne. Je me régale à relancer sur ces pistes et petits singles vallonnés en pleine nuit.


Apres une petite heure de course, alors que je suis 27ieme, sans grande surprise, ma cheville me rappelle alors qu'elle connaît depuis quelques semaines une inflammation. La douleur reviens peu à peu et le doute commence alors en s'installer en moi. Est-ce que la douleur va rester constante ou va elle s'amplifier et m'obliger à renoncer avant l'aube? J'essaye de ne pas trop y penser mais cette douleur supportable mais constante malgré quelques pics selon les appuis, me fait perdre les sensations au niveau du pied ce qui rend plus délicat les descentes techniques où l'entorse me guette à tout instant. Pour oublier je pense aux amis, Perrine, Julien et Thomas qui sont aux mêmes instants en train de courir l’autre étape de l’UTWT du we à Madère. J'essaye d'imaginer ou ils en sont sachant que j'étais sur ce même trail il y a tout juste un an.

A l'approche du ravito du 32ieme km, la douleur est toujours là et me perturbe psychologiquement: Faut il s'arrêter, continuer au risque d'aggraver mon inflammation et allonger irrémédiablement ma période de récupération? Je prends alors la décision de continuer l'aventure mais de changer de chaussures en optant pour un modèle avec plus d'amorti. Mes parents venus faire mon assistance récupèrent mes Terrex Agravic Speed en échange des Terrex Trailmaker. Je repars avec un peu plus de confort et cela se ressent....sur quelques km seulement car la douleur ne tarde pas à revenir. Je salue aussi rapidement Kamel, venu faire l'assistance de Laurie, et cela fait plaisir de le voir à chaque ravito.
Peu avant le levé du jour, les températures avoisinent les 0 degrés et au delà de mes problèmes de cheville, mes jambes commencent à perdre en souplesse après plus de 50km passés à courir sans jamais marcher à près de 10km/h. Le moral prend aussi un coup de mou. Je passe alors mon cerveau en mode ultra trail en me fixant comme objectif non pas l'arrivée, encore à 10h devant, mais le prochain ravito, et ainsi de suite afin de découper ma course en plusieurs étapes acceptables pour mon cerveau.
Malgré la douleur, j'apprécie grandement le levé du soleil au dessus des montagnes, qui vient lentement réchauffer l'herbe des prairies encore givrée par la petite brise nocturne. Les oiseaux s'éveillent peu a peu...un réel plaisir d'être la en pleine nature. C'est aussi pour cela que l'on fait ce sport.
Arrivé à la base vie de Culla je retrouve une fois de plus mes parents qui ont préparé mes affaires de rechanges, et se préparent à me ravitailler. Je me pose alors 15 minutes, comme je l'avais prévu dans mon plan de course mais surtout car j'en ai besoin. J'ai le moral au fond des chaussettes. Je m'assoie, mange un bol de riz, une banane et profite pour changer de teeshirt, option manches courtes avec les températures qui montent.
Je repars alors pour 18km où je sais que je ne verrai plus mon assistance. Ca va être dur mentalement. Une longue descente dans un single caillouteux et sec me rappelle toujours mon manque de sensations sur le pied gauche. Le plus ennuyant, c'est que cela modifie ma façon de courir, mes appuis et que je ressens alors un déséquilibre général avec des douleurs au niveau du genou et du bassin. Je suis en train de m'user au sens propre. Pour couronner le tout, je ressens également une douleur à l’orteil droit. J'enlève alors ma chaussure et chaussette sur le bord du chemin pour retirer le caillou qui doit le faire mal...mais non c'est juste que j'ai un ongle tout bleu. Rien à y faire, je me rechausse et repart en espérant ne pas le perdre d'ici l'arrivée.
Les kilomètres passent sur de longues pistes ou singles au faible dénivelé où il faut sans cesse relancer. J'ai de plus en plus de mal à courir sans souffrir, seule la marche limite ma douleur.
Je commence alors à cogiter sur l'intérêt à finir cette course si c'est pour marcher encore 40km pendant environ 10 heures vu ma moyenne horaire. A quoi bon faire souffrir mes articulations et traumatiser encore plus mon corps ce qui ne fera qu'allonger mon temps de récupération. Je vois déjà la tête de mon équipe de kiné à tenter de me retaper le plus vite possible pour recourir.
Dans mes pensées j’entends tout d'un coup une voix féminine surprise qui crie :"Damien?". C'est Roxane, qui revient en petite foulée sur moi. Je l'accroche, on discute de nos objectifs trails de la saison, des copains qui courent à Madère. Après quelques minutes je craque et la laisse partir. Cela ne me pèse même pas moralement car cela fait déjà quelques heures que je me fais doubler par des coureurs et sais que ma course est perdue. Mon seul nouvel objectif n'est même pas de finir, mais d'accumuler des bornes dans le dur et forger un peu plus mon mental.

Arrivé au ravito de Vistabella je retrouve une fois de plus mon assistance qui est aux petits soins. Je retrouve aussi Kamel, toujours aussi Zen qui attend sa Galinette Laurie. Elle ne doit pas être loin? D'ailleurs le temps de remettre mon sac sur le dos qu'elle débarque dans la salle. Ca me fait plaisir de la voir car cela signifie qu'elle est dans ses temps. Je repars en lui signalant qu'elle devrait rapidement revenir sur moi vue ma vitesse même si elle me répond qu’elle aussi n’avance pas.
C'est reparti pour une guerre mentale et physique de 7km jusqu'au prochain ravito. Les parties où j'arrive à courir sont rares. Rapidement Laurie me rattrape. On discute un peu. Elle me dit aussi que c'est trop roulant pour elle mais je trouve que sa foulée est encore efficace par rapport à la mienne. Doucement elle s'échappe vers sa future 7ieme place sur une épreuve de l'UTWT, bravo Galinette ! Quand à moi toujours en mode randonnée, les kilomètres paraissent interminable à 4km/h de moyenne. Je sors alors mon tableau de passage avec le profil du parcours pour voir qu'après le ravito il me restera 18km à faire avec plus de 500D+ soit plus de 5h de course ou plutôt de marche pour me faire arriver en début de soirée. Quel intérêt de poursuivre dans ces conditions ? Certes celui d’être finisher, d’avoir un médaille, mais en dépit de quoi? De casser encore plus la machine, allonger mon temps de récupération, risquer une entorse avec mes appuis approximatifs? Je pense avoir atteint mes objectifs en ayant tenu mentalement toute la journée, limité la casse en faisant tout de même une belle sortie longue. Pour moi c’est mission accomplie je me donne le droit de me considérer comme finisher de mon défi si j’arrête au prochain ravito, sans regret ni remord.
Arrivé à ma ligne d'arrivée fictive, je me pose alors sur une chaise, profite de quelques pâtisseries, bananes et coca frais servi par mes parents, et vais sereinement rendre mon dossard à l'organisation. Fin de l'aventure du Penyagolosa Trail qui aura fait pour moi 101km, 4600D+ en 14h30 d'effort. 

Je repars la tête haute en voiture de ce ravito en sachant que je ne verrai jamais la ligne d'arrivée de ce trail. Aucun regret, juste la satisfaction d'avoir tenu cette distance malgré ma blessure, m'être endurci en ne fléchissant pas même dans le dur, avoir acquis encore un peu plus d'expérience sur un ultra et sa gestion. Et aussi malgré les passages durs d'avoir profité de magnifiques paysages, odeurs, sensations que nous offre dame nature: « I love running!!! »
Un grand bravo à nos 2 Françaises Laurie et Roxanne qui terminent respectivement 7ieme et 6ieme féminines. A Perrine et Julien qui bouclent remarquablement leur trail sur Madère avec un plateau très relevé. 
Merci à mes parents à qui j'ai confié pour la première fois l'intégralité de mon assistance et qui ont géré parfaitement en me permettant de repartir au top après chaque ravito. Merci aussi à Kamel pour ses grands sourires a chaque ravito!

Maintenant place a la récupération avec l'aide de mes kinés de Gardane et objectif l'ultra de Corse début juillet. J'ai hâte!

dimanche 26 mars 2017

We choc sur le Trail de Cuers

C’est un peu à la dernière minute, et histoire de relever le Challenge que j’ai répondu à la proposition de Perrine et Julien de venir courir le Trail de Cuers (25km et 1500D+) puis enchainer dans la foulée avec le parcours du 17km en off ! Ma semaine d’entrainement était déjà bien chargée mais cette proposition me permettait de cumuler des km avant l’Ultra du Penygolosa Trail fin avril.
Arrivée sur place nous sommes étrangement calme à la vue du programme qui nous attend. Nous prenons un petit quart d’heure pour nous échauffer. 8H30 précise le départ est donnée. Le petit parcours s’élançant avec nous, cela par très vite ! Je n’arrive pas à suivre la cadence imposée et suis à mon rythme car je sais que la journée sera longue et je ne compte pas faire de perf aujourd’hui.
Même si je sens que le cardio a du mal à monter et que les jambes sont lourdes de ma semaine d’entrainement, je prends du plaisir dans les parties montantes que j’affectionne. Je me surprends également à challenger ma cheville en descente pour bien vérifier que mon entorse de début d’année ne soit qu’un lointain souvenir.

Les kilomètres passent, je ne suis pas trop dans le rouge mais arrive tant bien que mal à conserver ma place. Je profite du paysage somptueux sur le pays varois, des singles très ludiques.
Après le second ravito ou je ne m’arrête que quelques secondes pour juste remplir ma gourde (nous sommes sur un 25km tout de même, il faut aller vite ;-), je suis talonné de prêt par un concurrent qui fait le yoyo avec moi. Me sachant 10 ième, je me fixe alors le défi personnel de conserver ce top 10 et pourquoi pas remonter quelques places. Il reste un peu moins de 8km : je remonte dans les tours en me mettant dans le rouge en montée et relançant un maximum en descente quitte à prend un peu de risque. Peu à peu mon poursuivant décroche et je commence même à voir le coureur précédent en visuel. A force de cravacher, je le double et file comme une fusée vers l’arrivée que je franchi en 2H50 à la 9ième place.
Je suis heureux car j’ai gagné mon challenge perso de rester dans le top 10.


Dans l’attente de Julien et Perrine, qui finirons 15ième et 2d fille pour Perrine, je profite du ravito d’arrivée pour reprendre des forces en me goinfrant de bananes. Juste le temps d’échanger également avec d’autres coureurs et nous repartons sur nos traces pour cette fois ci faire le parcours du 17km en off. Les jambes sont très lourdes mais notre motivation reste intacte. Après 2H30 d’effort, nous bouclons notre second trail de la journée, entre nous, entre amis !
Un grand merci à toute l’équipe de l’organisation qui nous a concocté un très beau parcours et aussi offert un buffet repas improvisé à l’issu de notre deuxième tour de piste.


Bravo à mes deux acolytes du jour…on a relevé le défi, « We love runing !»






samedi 4 mars 2017

Un épisode Cévenol sur l'Ultra du Bout du Cirque

Suite à une entorse de la cheville venant perturber mon programme d’entrainement en ce début d’année,  j’avais mis les bouchés doubles mi février pour réhabituer mon corps à subir des efforts de longue durée et encaisser de longues parties roulantes en vue de cet ultra Cévenol de 102km pour seulement 3800D+.
Veille de la course, j’apprends que compte tenue de la tempête annoncée, le départ initialement prévu à 4h est décalé à 8h et que le parcours ne fera que 82km. Ilico presto, je revois alors toute ma stratégie de course, mes temps de passage, mon sac d’assistance, bref je m’adapte à ce changement de dernière minute sachant qu’il faudra donc courir plus vite et que le parcours sera encore plus roulant.

7h30, nous nous retrouvons avec Patrice dans la salle des sports dans l’attente du départ. Dehors il fait jour, mais la pluie tombe comme l’avait annoncé la météo. Avec ces conditions, nulle envie d’aller m’échauffer. Je vois d’ailleurs que cette solution est celle adoptée par tous les coureurs. Afin de nous préserver le plus longtemps possible de l’humidité, le départ est donné directement à la sortie de la salle où nous passons directement d’une ambiance de cocon à la dure réalité du climat cévenol. Le départ n’est pas trop rapide, (même mon Patrice reste sage), mais j’ai tout de même du mal à suivre le peloton de tête dans les premiers kilomètres : je n’arrive pas à me mettre dans la course, peut être par rapport au fait ne de pas m’être échauffé avant. Je me cale donc dans les 10 premiers et suis le rythme tant bien que mal en me disant que la route sera longue. Il pleut de plus en plus fort, je veille à rester bien équipé pour ne pas commencer à avoir froid : je ferme bien ma Gore-Tex « gros temps », remet mes gants et fixe ma casquette solidement sur ma tête. Coté sensation, les kilomètres passent mais je ne trouve toujours pas mon rythme. Je ne suis pas « dans la course », ma fréquence cardiaque est faible mais je n’arrive pas à forcer plus, j’ai les jambes lourdes.

Arrivé au ravito, mes parents sont là pour me faire l’assistance : je change de gants car les miens sont trempés et j’ai les doigts gelés. Je récupère mes sur-gants dans mon sac assistance pour ne pas avoir mes gants à nouveau trempés. Le temps d’engloutir un morceaux de banane et de pain d’épice et me voila reparti. Après quelques minutes, la pluie redouble en intensité et le froid commence à me saisir. Je déteste ces conditions et cela atteint mon mental : pourquoi continuer alors que je n’ai pas les jambes,  que je ne ferai pas de perf aujourd’hui, que je ne prends pas de plaisir à courir ? De l’autre coté, un ultra- traileur doit être capable de « combattre » dans toutes les conditions, se dépasser, de ne pas appréhender les conditions météo. Et quelle déception intérieur si je m’arrête après 20km de course. Donc go ! Je me fais violence et essaye tans bien que mal de penser à autre chose, à contempler les petits hameaux cévenols que nous traversons, à relancer le plus souvent possible en montée pour ne pas avoir trop froid.

Avec l’altitude, le vent se renforce de plus en plus et la température ressentie ne fait que baisser. La neige prend alors le dessus sur la pluie. Je sais alors que le passage en crête qui nous attend sur 3 km risque d’être ardue vue les conditions. Effectivement, j’arrive sur un single à perte de vue en crête, balayé par les fortes rafales de vent à plus de 80km/h et une neige qui tombe à l’horizontal : c’est l’apocalypse ! Les conditions sont tellement dantesques que je suis admiratif devant ce paysage et me prend pour un explorateur de l’extrême : on y voit rien, la neige fouette le visage, les cuisses me brulent avec le froid ! Il ne faut pas abdiquer, il faut avancer le plus vite possible, faire profil bas devant Dame nature en colère, avancer le plus vite possible pour redescente de ce maudit sommet. Après 20 minutes de lutte, je redescends en sous bois où la pluie reprend sa place. L’ambiance humide est bien là et les chemins sont devenus de véritables torrents. Je ne sais plus si je suis sur un trail ou en canyonning ?

Après presque 4 heures d’effort, j’arrive au ravito des Arres. Mon assistance est là, aux petits oignons : ils ont réussi à faire sécher mes gants et cela fait du bien de remettre quelque chose de chaud. J’en profite également pour prendre une soupe chaude, sachant que je ne joue plus du tout le podium, et que mon seul objectif est de finir. Réchauffé, je ressors du ravito et attaque la montée vers les cosses cévenols. Il pleut toujours, le vent devient glacial et je sais que sur le plateau, le vent sera d’autant plus fort et les conditions dures. Je n’ai qu’une seule envie : faire demi-tour pour mettre fin à cette aventure. J’hésite, je me retourne à plusieurs reprise mais NON, je veux vivre jusqu’au bout cette aventure et renforcer mon mental face à ces conditions météo. Un abandon serait la preuve définitive que je déteste ces conditions. C’est alors clair dans ma tête, j’irai jusqu’au bout !

Je traverse alors ce plateau froid et venteux mais point positif il ne pleut plus et le ciel s’éclaircie. Ouf l’accalmie temps attendue arrive enfin. Le moral revient un peu même si c’est dur de continuellement relancer et courir sur ce terrain vallonné, isolé, sans aucun coureur en visuel.

A l’approche du ravito suivant, j’aperçois Marie Pierre, la femme de Patrice qui est là. Je pense que c’est mauvais signe, il a peut être abandonné ? Mais non, elle est juste restée un instant avec mes parents pour m’encourager et cela fait plaisir.
Les kilomètres s’enchainent pour atteindre le cirque de Navacelles et les paysages sont magnifiques. Heureusement car le terrain est assez plat et cela me deviens insupportable de courir sans cesse. Je suis en manque de montée sèche. Mais comme par magie elle arrive, une belle bavante pour sortir du cirque. Je me fais plaisir et reviens même sur un coureur qui me dit que je suis frais. Je lui réponds alors que non, c’est juste que je retrouve mon élément ! En haut de la montée, j’entends une voix familière qui nous encourage. On dirait Ludo Collet ! Je dois rêver car que ferait-il là perdu dans ces contrées cévenoles ? Mais pourtant, c’est bien lui,  et la aussi ca me fait plaisir de le voir et prend même le temps de lui faire une bise, je suis en ballade ! J


Le ravito de Blandas pointe son nez. Je suis plus optimiste car il ne reste plus que 20km, le ciel s’éclairci et je sais que j’arriverai au bout de mon aventure. Je laisse à mes parents mon matos de pluie pour repartir avec un coupe-vent plus light. Je repars sur une petite foulée car il faut retraverser ce plateau vallonné de 8 km. C’est long, très long…J’essaye d’accélérer le rythme mais rien y fait j’ai les articulations qui tirent et surtout je suis incapable de monter en fréquence cardiaque qui plafonne difficilement à 140. Bref je continue ma ballade sachant que les écarts sont tellement important devant que ca ne changer rien au classement.
Je passe le dernier ravito confiant, il ne reste que 10km. J’ai mal aux jambes de ne faire que courir depuis de longues heures mais cela sent déjà la soupe à l’oignon de l’arrivée. Toujours seul, comme depuis toujours depuis le 10ième km, je chemine tranquillement vers le Vigan et la ligne d’arrivée.
Cela fait 9h42 que je cours, j’aperçois enfin cette ligne d’arrivée que je ne pensais jamais voir le matin même. Soulagé, je pénètre dans la salle des sports pour finir 14ième au scratch à presque 2 heures du premier, Fabrice d’Alletto qui a fait une très belle course. Bravo Fabrice !
Après une bonne douche chaude, je retrouve Patrice autour d’une bonne bière méritée, qui m’explique qu’après avoir mené la course, lui aussi a subit un coup de mou mais a tout de même persévéré pour finir 9ième.
Le troisième compère du Team, Mathieu,  sur le parcours de 62km,  terminera 10ième. Aujourd’hui ce n’aura pas été la course des podiums pour le team Endurance-Shop 13 mais celui de la persévérance...et c’est aussi beau.

Un grand merci à mes parents à qui j’avais confié pleinement mon assistance pour cette course et qui ont assuré comme des professionnels : un atout pour les prochains ultras à venir ! ;-)
Au final ce n’est pas le classement que Je retiendrai de cet Ultra du bout du cirque même s’il reste tout à fait honorable, mais plutôt ma volonté à vaincre ces conditions climatiques que j’appréhende tant car je sais désormais que le froid, la pluie et la neige ne me feront plus peur ! Je suis allé au bout de l’Ultra du bout du cirque !

We love « raining » !