Après avoir eu le malheur de "goûter", un peu par hasard, à la course à pied en 2008, je me suis découvert une passion pour ce sport qu'est le trail.
Un sport d'addiction, où chacun peut y trouver du plaisir, une motivation, des défis à relever.
Un sport qui permet de découvrir de nouvelles contrées, des paysages, des ambiances uniques, des personnages.
Un sport de partage, où les derniers côtoient les premiers, où l'on partage des valeurs.
J'ai longtemps hésité avant de créer ce blog, car loin de moi l'idée de me mettre en valeur (ceux qui me connaissent n'en douteront pas en instant), je tiens surtout ici à vous faire partager ma passion, au travers de mes récits de courses et des tranches de vie vécues depuis quelques années sur les sentiers...et pourquoi pas vous transmettre ce virus qu'est le trail et plus particulièrement l'ultra trail!



jeudi 7 juillet 2016

Ultra Trail de Corse: Une course "mi-figue, mi-châtaigne":

Il est 23h, il fait encore très chaud. Il est l’heure de  se retrouver sur le cours Paoli en plein centre de Corte avec le team (Patrice Marmet, Perrine Scheiner et Mathieu Siraudin) pour échanger sur nos dernières sensations d’avant course et décompresser un peu avant ces 110km et 8000 de D+. Les minutes passent vite, juste le temps de se positionner sur la ligne que le départ est donné. Nous voilà parti pour une vingtaine d’heures d’efforts, sous la canicule au milieu du granit Corse.

Cela ne part pas trop vite et tant mieux car je connais le parcours et sait que celui-ci est un des plus exigent que je connaisse. Je me cale dans les 15 premiers sans trop me préoccuper de ma place, je cours aux sensations, reste en dedans pour tenter de respecter mes temps de passage.  Je fais ma course sans me soucier de la concurrence.
La première grosse bosse (1400D en 6km) se passe bien,  je me sens en forme, les sensations sont bonnes. Juste le temps de me perdre un peu dans la première descente avec un autre concurrent (Corse pourtant ;-)) histoire de perdre quelques minutes pour me retrouver dans un groupe avec quatre autres coureurs dont Fabrice Daletto (le futur vainqueur).  Sur une longue piste forestière en faux plat, je me surprends même à tirer l’ensemble du groupe, alors que les parties roulantes ne sont pourtant pas ma spécialité. C’est bon signe, cela veut die que les jambes sont là. Arrive alors des singles plus techniques où notre petit groupe trouve un bon petit rythme et où chacun trouve sa place avec quelques prises de relais pour relancer le groupe. Nous avançons bien, je suis dans mes temps à la minute prêt. Au pointage du 20ième km, les bénévoles nous annoncent que les 2 premiers sont justes à quelques minutes. C’est une grosse surprise car je pensais être dans les 10 et non pas dans les 3 premiers.

Il est maintenant 3h30 du matin, et nous entamons une longue descente assez roulante sur le ravito de Calacuccia. J’ai du mal à suivre car au delà du fait que je ne soit pas un bon descendeur, j’ai peur de vouloir trop solliciter mes cuisses pour le reste de la course. Je laisse partir devant et me retrouve donc pour la première fois de la course seul pour rejoindre le ravito où Julien Germain et mes parents m’attendent. Je refait le plein d’eau tranquillement et sais que la route est encore très très longue. Cela ne sert à rien de faire un ravito express. Restons Zen.
En repartant, Julien m’annonce que Patrice n’est que 5 min devant. Malheureusement, au bout de 10 minutes à peine, je reviens sur lui. Je sens alors qu’il n’est pas dans son jour. Nous échangeons quelques mots mais comprend vite qu’il est découragé à l’idée d’affronter la montée de 1600D qui nous attend. Je m’échappe lentement, déçu pour lui, notre mouflon Provencal et progresse toujours dans mon rythme pour affronter cette effroyable ascension vers le lac du Cinto. Le paysage est magnifique avec un lever de soleil sur le mont Cinto, le granit prend des couleurs rougeâtres, tout est calme, je surprends des mouflons (des vrais), j’en oublie que cela fait presque deux heures que je monte.
S’en suite la bascule en direction du GR 20. La descente est très technique, ca n’avance pas, mais je reste serein car je connais le parcours et qu’il faut prendre son mal en patience. Il ne faut pas s’exciter surtout qu’il va commencer à faire chaud. En bas de la descente nous retrouvons le GR20. Cela fait toujours quelque chose de fouler ce sentier mythique : Je pense alors à K.Jornet, F.D’Haene  et les autres qui s’y sont frotté pour battre le record.

Tout va bien, je suis dans le 8 premiers, je gère mon effort, toujours dans les temps, même si j’accuse un petit coup de mou. Je bois beaucoup pour anticiper la déshydratation, prend le temps de m’alimenter pour palier à ce coup de moins bien. Mais le GR est exigeant et ne pardonne rien : sur un passage presque roulant, je m’embronche dans une petite pierre et m’écrase au sol sur un pierrier, dans la poussière. J’ai alors le souffle coupé et m’assoit par terre. Je fais vite un check-up : quelques égratignures sur le coude et la hanche, une douleur sur les cotes qui sont venues frapper les pierres mais ca à l’air d’aller. Je repars tranquillement en marchant car je suis encore un peu sous le choc. Après quelques minutes je commence à courir mais je sens une vive douleur au niveau de mes cotes  à chaque impact de mes pieds sur le sol. De plus, conséquence (ou cause) de ma chute, mon coup de mou se transforme rapidement en gros coup de moins bien. Je n’arrive plus à courir, j’ai mal de partout. Je commence alors à broyer du noir car c’est aussi là où il y a 3 ans j’avais abdiqué, sur ces 5 km qui mènent à la base vie de mi parcours. Mais cette fois-ci je ne veux pas abandonner. Je suis en mauvais état mais je continue à marcher pour rejoindre ce ravito de Verggio ou je me dis qu’une bonne pause me fera repartir plus en forme, même s’il faut y rester une heure.

J’arrive au ravito avec plus d’une heure de retard sur mon planning. Je comprends alors qu’il sera dur de jouer un top 5. Je retrouve une fois de plus mes parents et Julien qui sont aux petits oignons avec moi. Ils me ravitaillent, me donnent à manger. Je prend mon temps (un peu trop pour Julien ;-)) mais j’en ai besoin car je suis vidé.








Je repart après une vingtaine de minutes sous les encouragements des bénévoles et disparaît seul dans ce GR20. C’est un peu le passage d’un point de non retour car je sais qu’en continuant, je devrais aller au minimum jusqu’au 88ième km si je me sent mal. Et je suis mal car ma cote me fait souffrir en descente. Je sais alors qu’il sera dur de tenir mon objectif de 20h30 de course. Pourquoi donc continuer ?  Et si ! Je me le dois, parce que je pense à tous mes amis qui suivent le live, à tous ces coureurs dont le seul rêve et d’être finisher et parce qu’aussi cela ne fera que renforcer mon mental.

Après plus de 13h de course, je retrouve des sensations, sauf ma cote bien entendu qui me fait toujours souffrir en descente. Néanmoins, je ne souffre pas de la chaleur, et arrive à garder un bon rythme en montée. D’ailleurs, je me surprends de nouveau à respecter mes temps de course.
J’appréhendais de ne pas pouvoir courir sur le long faux plat descendant de 5km après le lac de Ninu mais j’y arrive en serrant un peu les dents. Personne de reviens sur moi, c’est bon signe.
J’avale une dernière grosse difficulté, la brèche de Capitello (et point culminant du GR20) comme si de rien était (ou presque), pourtant il fait chaud. Je prend le temps de me rafraichir et mouiller ma casquette à chaque petit torrents. Arrivé sur la crête, où il faut alors  faire un peu de de-escalade, l’ambiance change radicalement car ma cote me lance à nouveau à chaque mouvement. Je pousse même quelques soupirs de souffrance. Mais bon, il faut continuer, je veux être finisher.
Dernier gros ravito avec mon assistance familiale. Je prend le temps de m’asseoir 5 minutes, prend une soupe, blague un peu avec les bénévoles qui sont adorables (comme sur tous les ravitos d’ailleurs) et me prépare à affronter les 25 derniers km. Mon nouvel objectif pour me motiver  est de tenter d’arriver avant la nuit soit avant 21h30.
Je repars, bien ravitaillé, avec quelques canistrelli en poche pour me faire plaisir en cas de coup de moins bien. Arrivé au dernier ravito, je sais que le plus dur est fait car il ne reste que 14 km de profil plutôt descendant. Le seul problème c’est qu’aujourd’hui je souffre en descente et sait que ces 2 dernières heures seront surement un véritable calvaire. Je dis alors au revoir aux bénévoles un peu inquiet sur mon avenir proche, mais j’ai une fois de plus quelques canistrelli en poche. Comme prévu, la descente me fait mal mais bizarrement peu à peu, je souffre moins (le fait d’être plus chaud, le fait de savoir que l’arrivée approche). Néanmoins, même sans trop souffrir, les derniers km à longer le Tavignano sont interminables. Je débranche alors le cerveau et ne pense plus à rien, sauf à essayer d’accélérer pour arriver sans ma frontale sur la tête.
21h15, je rentre dans la citadelle de Corte, mission accomplie, il ne reste plus qu’un km à travers la vielle ville. L’ambiance deviens magique : tous les gens attablés aux terrasses des restaurant m’applaudissent et m’encouragent comme si j’étais premier. J’en ai les larmes au yeux, et réalise que j’ai tenu le coup toute la journée à me battre avec moi même. Au bout de ce km de « gloire », j’aperçois sur l’arrivée mes parents, Julien, Philippe Deri (qui court le lendemain à 5h), et même Patrice (après son abandon) qui nous attend. Je franchis la ligne en 21h54, à la 11ième place, avec un grand sourire et heureux.
Heureux avec cette sensation d’accomplissement : Non pas celle d’avoir fait une énorme performance mais celle de m’être battu sur  ce parcours « extrême » et de n’avoir rien lâché.
Cette année encore l’ultra trail de Corse restera pour moi inoubliable avec ses paysages indescriptibles (c’est d’ailleurs pour cela que je ne vous les ai pas décrit), ses bénévoles extraordinaires, et un tracé des plus exigeants que je connaisse.
Merci à mes parents, Julien, Perrine (qui termine 1iere féminine à 55min de bibi), Thomas Thiébaud (1ier dormeur à Grotelle), Patrice, Cédric Therin (pour notre footing d’avant course), Mathieu, Philippe et tous les autres pour ce grand we de trail.
Aujourd’hui je n’ai pas couru pour la performance, mais simplement pour moi même et surtout être comme les 105 survivants du jour : Heureux d’être Finisher !



samedi 11 juin 2016

Trail des Maures... au pays de la Chataigne

De retour de Collobrières, au pays de la châtaigne, ou j’ai découvert les 45 km et 2700D du trail des Maures.
Après avoir récupéré mon dossard, et un peu de crème de marron, le samedi après midi dans le petit village de Collobrières, le rendez vous était donné autour de la piscine et du repas d’avant course avec Amandine, Mathieu et Laurent dans une ambiance de vacances pour préparer au mieux cette course.
Vacances de courte durée car dès 7h00 le lendemain, je me retrouvais sur la ligne de départ de ce 45km en compagnie des furieux régionaux de la discipline avec A Simonds, J.Navarro, G.Lenormand, A .Allongue, T.Pigois, F.Mourges et  F.Arnaud  qui n’attendaient que d’en découdre sur ce parcours. Sans surprise, cela part vite, j’essaye de m’accrocher au peloton de tête mais très vite je constate que mon cardio est bloqué à 160 bmp (surement lié à mon manque de repos entre des semaines d’entrainement chargées et le trail de la semaine dernière). Impossible d’être plus rapide, je laisse filer, me cale dans le 15 premiers et décide de gérer mon effort, de m’appliquer sur les relances, les descentes et d’optimiser mes ravitaillement en perdant le moins de temps possible.
Bien que je ne soit pas à 100% de ma forme, je me sent à mon aise sur ce parcours au dénivelé assez prononcé : des montées où il faut prend appui avec ses mains sur les cuisses pour grimper vite et des descentes raides qui font chauffer les cuissots. Je suis confiant et arrive à me faire plaisir.
Les kilomètres s’enchainent, je me fais doubler par un ou deux coureurs mais arrive aussi à revenir sur d’autres, surement partis trop vite. Je reste donc autour de la 12ème position, dans mes temps, avec le moral et surtout sans aucune douleur au niveau du dos (merci à mon équipe de Kiné : Stéphane, Mathieu et Gautier qui me réparent toutes les semaines). Je suis confiant, serein, maitrise ma course et cela fait plaisir même si ce n’est pas ma meilleure performance de l’année.
Il fait de plus en plus chaud mais je tiens le coup, gère mon alimentation, relance au maximum dans les parties planes et donne du rythme dans les descentes sans prendre trop de risques.
Après 5h25 d’effort, je passe la ligne d’arrivée en 12ième position, satisfait du travail accompli. Je retrouve alors tous les amis traileurs : Amandine (qui nous a encore épatée avec sa 6eme place scratch sur le 21km), Thomas, Lionel, Jean Marie… et mes parents, pour un bon repas d’après course et la traditionnelle bière à la Châtaigne.

C’est donc le moral rechargé à bloc et en pleine confiance que j’aborde les derniers préparatifs pour l’Ultra Trail di Corsica début juillet.



dimanche 29 mai 2016

Le Beaver Trail de Poulx (30)

46 km pour 1500D+ ! Mais quelle idée d’aller courir ce trail de « routard » ? Tout simplement car le Beaver Trail traverse les collines qui m’ont vu grandir et qu’il est organisé par une petite équipe de bénévoles dynamiques et Eric Andréo qui me fait le plaisir de m’ y inviter chaque année.
 Je sais très bien que le parcours ne me correspond pas et que ca va partir  très vite avec les leaders du challenge des trails Gardois qui sont des habitués de ces profils et ici pour marquer des points.

Le départ est soutenu, je me fait discret et me contente de m’accrocher au peloton de 6 coureurs que nous sommes, lancés à plus de 15km/h. Sachant qu’il me sera impossible de tenir ce rythme sur 46km, je décide de lâcher un peu la tête de peloton pour faire ma course. Isolé à la 6ième place, je tente de toujours relancer pour ne pas perdre trop de temps et me contente ne faire que des pleins d’eau express sur les ravitos sans prendre le temps de gouter à la partie solide…bref il faut aller vite aujourd’hui. Je me surprends alors à passer le cap du semi marathon au bout de seulement 1h30 mais les jambes me le font savoir : Elles sont raides, ma hanche me fait mal et la fatigue est là.
30ième km, je n’ai pas encore marché un instant, ce n’est plus du trail ! Je souffre.
3h de course, nous y voilà, une montée comme je les aime, ambiance Madère avec de la boue, des grosses marches des racines sur 200 m de D+. Je me sent à l’aise, retrouve des sensations, prend du plaisir et ca se voit : je reviens comme un cabris sur le 5ième et m’échappe dans cette jungle. Seulement voilà, la suite est à nouveau roulante, je re-souffre et me refait doubler. Ce petit jeu se continue sur plusieurs km ou nous n’arrêtons pas de nous doubler, lui sur le plat, moi en cote. Bon esprit, nous échangeons quelques mots à chacune de nos entrevues sans que l’un d’entre nous ne se motive à tenter une accélération pour s’échapper : ambiance conviviale, esprit trail !
Il ne reste plus que 5km, nous avons achevé la dernière « grosse » montée, je suis donc quelques centaines de mètre devant mon compère mais  sait que cela ne sera pas suffisant pour garder ma place jusqu'à l’arrivée vu qu’il ne reste que des petites relances qui seront à son avantage.
En temps normal, mon caractère d’ultra traileur m’aurais fait dire que 5ieme ou 6ieme cela ne m’apportera rien de plus, surtout sur cette course sans enjeu pour moi.
 Mais aujourd’hui, depuis le départ, je me suis pris à cet exercice de vitesse, à survoler les ravitos, à tenter de ne pas perdre une minute, à me faire mal à courir vite, donc pourquoi finir cool et ne pas aller me prouver que je suis capable d’avoir la niaque, et tenter de me remettre dans le rouge sur ces 5 km. Non pas pour gagner une place, mais pour me prouver que j’en suis capable, me donner confiance en moi…
J’ai mal de partout, mais je creuse l’écart : je prends des risques dans les descentes, la montée d’adrénaline me fait accélérer dans les relances, j’allonge la foulée sur le plat.
4h30 de course, l’arrivé est là, j’ai réussi à me faire violence et creuser un bel écart: un moment de bonheur malgré la fatigue. Je reste alors à proximité de la ligne d’arrivée pour féliciter mon compère, Jonathan Delhom, qui me rejoint quelques minutes plus tard.
Je suis donc heureux de pouvoir monter une fois de plus sur ce podium du Beaver Trail pour cette 1iere place Senior (et 5ieme au scratch), sur une épreuve qui me tient réellement à cœur et sur laquelle j’ai pris beaucoup de plaisir à courir vite au final.



Bravo à Eric et son équipe pour l’organisation de ce trail au tracé magnifique dans les gorges du Gardon mais aussi à mon cousin et Jérome pour avoir terminé leur premier 46km.

Maintenant place à la récup (merci à BV Sport et Meltonic) afin d’enchainer le we prochain sur les 45km du Trail des Maures.



samedi 23 avril 2016

MIUT 2016 (Portugal)


Peut être un peu trop confiant d’un point de vu logistique , je décide de n’arriver sur Madère que la veille de la course mais ce n’est sans compter sur les aléas des transports aériens. Sans le savoir je débute alors un premier ultra pour rallier Marseille a Funchal: avion en surbooking, puis tempête sur Madère m’obligent à passer par Paris  puis passer une nuit blanche a Lisbonne en transit pour attendre un autre vol pour Madère le vendredi. Arrivée a Funchal un peu avant 11h, je suis alors rassuré une fois mon dossard entre les mains sachant que j’ai longtemps cru ne jamais pouvoir prendre le départ. Apres un dernier repas enfin correct et riche en glucide, j’essaye d’oublier ce voyage où je n’ai ni dormi ni put m’alimenter correctement. L’objectif est alors de faire une grosse sieste le vendredi après midi et se mettre dans l’ambiance de la course. J’arrive à dormir 4h, puis fini de préparer mon sac pour affronter ces 115km.
21h30, je monte dans le bus qui nous transporte jusqu’a la ligne de départ à l’autre bout de l’ile et profite de redormir une petite heure dans le bus tout en prenant un peu de temps pour me mettre en tête ma course, les temps de passage, les passages délicats, me rappeler mes objectifs, à savoir un top 30 en 18h, même si rien n’est écrit d’avance sur un ultra. Arrivée sur place je retrouve mon ami Sébastien  Nain afin de partager cette dernière heure d’avant course ensemble. Le temps nous semble long assis par terre le long d’un trottoir, au frais, mais nous en profitons pour valider nos stratégies de courses: partir cool, faire passer la nuit pour tenter d’accélérer en journée. Cette longue attente me permet de vraiment rentrer mentalement dans ma course et ne plus penser au manque de sommeil et de calories qui pourraient se faire ressentir dans quelques heures. Je me fais alors un point d’honneur à chasser définitivement cette pensée de ma tête  car je sais que cela pourrait devenir un motif d’abandon facile en cas de coup de moins bien.
Minuit, le départ est donné sur une musique de « clubber », surement pour nous booster. Cela fonctionne car les élites partent très fort malgré la pente a plus de 20%. Je me cale dans les 40 premiers et suis agréablement surpris d’avoir de bonnes sensations. A la moitié de la première difficulté  (1000D+ en 4 km dans la boue), je retrouve Sébastien et finissons l’ascension ensemble en nous rappelant mutuellement de rester en dedans pour ne pas puiser dans les réserves. Un premier ravito nous fait basculer sur la première descente ou Seb s’envole. N’étant pas bon descendeur, je décide de ne pas suivre, il faut rester prudent surtout que pour l’instant je suis bien et dans mes temps. La descente ne nous ménage guère: de la boues, des racines, une forte pente, des marches. Il faut des cuisses solides et des appuis de cabris pour ne pas subir. Je me tords « gentiment » la cheville droite à trois reprises mais rien de grave, juste faire attention à ne pas marquer trop les appuis incertains coté pied droit afin de ne pas se là tordre vraiment.
S’en suit alors une nouvelle grosse bosse que je gère dans mon rythme en affrontant un climat assez changeant selon l’altitude et les versant des massifs : alternance de pluie, fraicheur, bruine, pleine lune….cela occupe l’esprit.
Nous sommes alors en direction du ravito du 45ieme km quand j’aperçois Seb dans la montée. Avant même de lui adresser la parole je vois qu’il n’est pas bien. Il m’explique alors qu’il a chuté dans la descente et ne peut plu courir. J’échange avec lui mais comprend que c’est la fin de l’aventure. Triste pour lui, qui avait si bien préparé sa course pour viser un top 10, cela me motive d’autant plus pour aller au bout quoi qu’il arrive pour sauver l’honneur des traileurs provençaux.
Le jour commence à se lever et je suis toujours surpris de ne pas avoir de coup de barre même si je commence à parler seul dans les chemins, preuve que j’ai basculé dans ma bulle, isolé du monde extérieur. Nous passons alors un passage mythique de ce parcours le long d’une conduite forcée ou il faut quasi poser les mains pour monter. La fatigue générale commence alors a se faire ressentir et il faut se faire violence pour relancer en courant des que la pente diminue. Heureusement cet exercice reste encore assez rare vu la difficulté du parcours sachant que nous avons 3500D+ en seulement 45Km.
Voyant un coureur en ligne de mire je fait l’effort pour revenir. Nous entamons la discussion afin d’oublier nos douleurs réciproques. Le fait qu’il soit réunionnais facilite l’échange et lui demande si le parcours ressemble a celui de la Diagonale. Franco il me répond que « oui » mais qu’ici c’est plus dur du fait que les montées et descentes s’enchainent sans transitions. Je me dis que ca me fera un bel entraînement en vue de la diag cet automne.
Arrivé à la base vie du 60 ieme km, après 9 heures de course, je suis parfaitement dans mon timing mais ressent toujours la fatigue s’amplifier. Je regarde alors ma montre à l’entrée du ravito et me fixe, ou plutôt m’impose, de ne pas ressortir avant 20 minutes. Je change alors de teeshirt, nettoie mes pieds plus que boueux à patauger dans l’eau depuis le début du parcours, change de chaussettes et profite pour manger une soupe et du riz. Il est encore trop tôt pour craquer sur le chocolat même si j’en ai envie, au risque de connaitre des problèmes de digestions.
Après ce mini repas, je me lance dans la plus grosse difficulté du jour avec 1300D+ et sais d’expérience qu’après la digestion d’ici 30 min, je devrais retrouver des forces et basculer dans une phase de mieux. Mais là rien... je continue même à basculer dans le moins bien. Je sais quand même que cette phase ne durera pas et qu’il y aura un moment de mieux mais la question reste Quand?

Le parcours devient alors totalement sec, avec des sentiers vertigineux, pavés et taillés dans la roche volcanique. Nous zigzaguons entre les deux points culminants de l’ile, entre des crêtes rocheuses à 1600m d’altitude. Les parties plates n’existent plus ici, à minima nous sommes sur du 10% ou il faut parfois tenter de trottiner, des coup de cul avec des marche en pierres de 40 cm de haut ou des descentes dans des escaliers métalliques permettant le cheminement sur ces massifs abruptes. Cela est épuisant tant pour les cuisses que pour les organismes. Je suis toujours dans le dur, je souffre maintenant depuis 3h et rien ne change. Néanmoins je suis surpris de ne pas penser un instant à l’abandon ou à me dire “ Mais qu'est ce que je fou la, arrête!”. Surement parce que les paysages sont magnifiques et surprenant, mais surtout car je pense avoir une sorte de hargne intérieure et envie de gagner face à mes aléas de voyage et aussi pour Seb.
Arrivé au 76ieme km, le plus méchant est fait, nous avons parcouru 6300D+ (je vous laisse faire le ratio km/D). Nous sommes au sommet de l’ile reste plus qu’à « descendre » avec tout de même une grosse bosse à passer. Mais cela est aussi synonyme de parties planes ou il va falloir relancer et savoir, ou surtout vouloir, courir quand beaucoup marcheront. Dans ces situations, il est toujours bon d’avoir des compagnons de course pour se motiver, mais la à part quelques moutons, personne. Il faut donc que je me donne un rythme de course pour ne pas perdre trop de temps et à l’inverse ne pas exploser en voulant tout donner. Les sentiers sont plus monotones, sur des pistes larges, peu de végétations, on dirait notre garrigue. Je m’occupe l’esprit comme je peu pour ne pas penser à toutes les petites douleurs qui pourraient m’inciter à marcher: je découpe le reste du parcours en étape pour que ca passe mieux, pense à mon alimentation au prochain ravito, à mes amis, ma famille qui doivent me suivre en live, à Amandine Ferrato qui est passée par la il y a déjà quelques heures sur le trail du 40Km et qui doit avoir terminé  (d’ailleurs un grand bravo car elle termine 4ieme au scratch).
J’ai l'impression de ne pas avancer avec mon rythme de « footing du dimanche » mais vu que personne ne me double, pas même Émilie Lecomte qui est derrière moi, cela montre que je suis dans le tempo.
Point de vu chrono, je suis toujours au quart d’heure prêt par rapport a mon prévisionnel, ce qui signifie que je pourrais mettre 18h alors que j’ai l’impression qu’a ce rythme il m’en faudra 24. Côté classement, aucune nouvelle mais vu que pas grand chose n’a évolué depuis quelques heures je pense toujours être dans les 30ieme.
La seule vraie distraction viens alors du fait que l’on commence à doubler les derniers du 40km. Eux marchent et sont époustouflés de nous voir passer en courant. Certes ils sont pour la plus part mal équipés, sans technique mais souffrent peu être plus que nous et ont du mérite. Je me tiens alors de leur exprimer un “Força” chaque fois que j’en double un.
Tous les ravitos deviennent alors pour moi une sorte de refuge d’étape ou je prend le temps de bien remplir ma poche a eau, manger du chocolat pour le coup...cela fait du bien dans la tête mais aussi physiquement. Enfin la forme revient au 90ieme km! Ce ressentit se mesure sur le terrain: depuis une dizaine de kilomètres je faisait le yoyo avec 2 coureurs portugais qui courraient ensemble et que je n’arrivais jamais a suivre sur les parties planes, maintenant c’est bon j’arrive a les tenir et relançons en trio. Nous avons un bon rythme mais la fin du parcours est longue sur un interminable sentier en flan de falaise a perte de vue.
A la sortie de ce sentier en balcon, surprise, un des deux portugais craque et s’assoit sur le bord du chemin. Je part donc seul pour affronter les 10 derniers km la aussi sur des Levadas (sentiers longeant des petits canaux)  à perte de vue qui peuvent vite démoraliser. Mais aujourd'hui j’ai un mental inoxydable et rien ne m’effraie, la fatigue est bien là, les jambes sont lourdes mais je pourrais encore trottiner des jours durant sans ennuie. Je suis dans mon monde, dans le monde de ce coureur qui fait le vide dans sa tête et que plus rien ne peut atteindre.
17h50, j’entame la descente finale sur l’arrivée que j’ai en visuel en contre bas le long de la plage. Contrairement aux autres ultra où j’ai souvent une larme à l’oeil, plein d’images qui me reviennent, ou je me félicite à voix haute….là Non.  Je suis Zen, serein d’avoir accompli une très belle course, d’être surement dans les 30ieme sur une étape de l’UTWT, d’être a moins de 10 min de mon temps prévu mais surtout de ne jamais avoir douté pendant toute la durée de la course.
17h55, je franchi la ligne 33ieme : “j’ai fait le job!”
Sébastien, me retrouve sur la ligne pour m'offrir une bière bien méritée et qui fait plaisir.
Quelques jours après cette course, je ne suis pas euphorique, ni sur mon petit nuage, mais tout simplement fier d’avoir parfaitement géré de A à Z (sauf le T de transport) cet ultra que je classerai parmi les plus exigeant que j’ai fait.
Heureux de ne jamais avoir douté durant la course et avoir été lucide à tout moment.
Aujourd’hui je suis serein.

A présent, je n’ai qu’une envie: Remettre mes basquets, retourner courir et préparer mon prochain ultra.