Après avoir eu le malheur de "goûter", un peu par hasard, à la course à pied en 2008, je me suis découvert une passion pour ce sport qu'est le trail.
Un sport d'addiction, où chacun peut y trouver du plaisir, une motivation, des défis à relever.
Un sport qui permet de découvrir de nouvelles contrées, des paysages, des ambiances uniques, des personnages.
Un sport de partage, où les derniers côtoient les premiers, où l'on partage des valeurs.
J'ai longtemps hésité avant de créer ce blog, car loin de moi l'idée de me mettre en valeur (ceux qui me connaissent n'en douteront pas en instant), je tiens surtout ici à vous faire partager ma passion, au travers de mes récits de courses et des tranches de vie vécues depuis quelques années sur les sentiers...et pourquoi pas vous transmettre ce virus qu'est le trail et plus particulièrement l'ultra trail!



samedi 11 novembre 2017

Alpin Trail de Pichauris pour le plaisir !

Comme l’année passée, c’est tout juste rentré du Grand Raid de la Réunion que je décide de participer à l’Alpin Trail de Pichauris sur le parcours de 30km. Effectivement je sais pertinemment que je n’ai pas encore totalement récupéré de ma Diagonale de Fous mais  je suis là pour me faire plaisir et adapterai ma vitesse à mes sensations. Aucune pression, je suis ici pour me régaler et partager avec mes amis traileurs.

Néanmoins, j’ai comme l’impression que cela va partir vite vu la présence de bons coureurs comme Yoan Peisson et quelques jeunes prêts à lâcher les chevaux!
De mon coté, la stratégie de course est simple : départ prudent à l’écoute de mes sensations, puis si tout va bien, accélération prévue en seconde partie de course.

Aussitôt le départ lancé, sans grande surprise, j’ai du mal à accrocher le peloton de tête et me contente de suivre à distance vers la 15ième place En monté, ma fréquence cardiaque est au plancher et je n’avance pas (peut être normal à 3 semaines de la Diag, non ?). En descente, j’essaye d’allonger la foulée et prend quelques risques pour ne pas trop me faire distancer.
Au premier ravito, je retrouve mon ami Nicolas Martin en assez mauvais état, ce n’est pas son jour. Dommage car je le sentais bien en forme au départ. De mon coté je comptais faire un arrêt express mais la jerricane d’eau qui remplie mon bidon à un débit ridicule et suis donc obligé de patienter une bonne minute. Je repars un peu agacé et essaye de refaire mon retard en descente. Je me mets à fond mais très vite mes piètres qualités de descendeur me rappellent à l’ordre car je manque par 2 fois de trébucher. Même si c’est la fin de saison, on ne va quand même pas risquer de se blesser.
Il est alors l’heure de se diriger vers le Garlaban, sommet de ce trail. Je me force à trottiner tout le long de cette longue montée, avec toujours un cardio à fond. Je double quelques coureurs et franchi le sommet en 11ième position. Juste le temps d’encourager les bénévoles qui sont en plein vent à la croix du Garlaban .
J’arrive alors au vingtième km de la course, point que je mettais fixé pour accélérer si j’en avais la force : j’ai les jambes lourdes, j’ai très mal au niveau du bassin, mais me sent serein et j’ai envie de pousser un peu la machine simplement pour m’amuser et me tester…donc go !
La dernière grosse montée est très technique : un vallon parsemé de blocs de pierre, cela me rappelle la Réunion. Je suis dans mon élément. Je double encore 5 coureurs qui commencent à accuser le coup. Je relance sur le plat, fait un ravito express en moins de 30 seconds juste les temps de remplir ma flasque et gober un bout de banane. Ca descend, j’allonge la foulée, et j’ai le 6ième en ligne de mire ! Go je continue mon effort. Je souffre physiquement mais le mental est au top, je me fais plaisir.
Lorsque je double mon compère, il me lance « vas y ! vas chercher le podium !!! ». A 5 km de l’arrivée cela me semble dur et me fait sourire. Mais quelques secondes après je me ravise et me dit pourquoi pas ! Je continue à rester dans le rouge. Même lorsque je reviens sur Laurie (qui avait décidé de faire le 15km avec son frère), je prend a peine le temps d’échanger deux mots que je repart concentré dans mon effort. Même si je sais qu’il ne reste que 2 km et que le classement est fait, je continue à me régaler à conserver mon rythme de marathonien.

Je franchi la ligne en 3h16min, à la 5ième place. Je suis super heureux de cette remontée et d’avoir pris un maximum de plaisir à me challenger pour ne rien lâcher durant ce « mini » trial.
Je suis également ravis d’avoir ensuite partagé ce moment de sport avec tous les amis de mon club d’Aix Athlé venus courir en nombre, mes collègues du Team Endurance Shop 13 (ainsi qu’avec les nouvelles recrues ;-) ) et tous les autres amis traileurs.
Maintenant place à la coupure de fin de saison….enfin après le Gemtrail du we prochain ! ;-)


jeudi 19 octobre 2017

Diagonale des Fous, deuxième !

Après mon abandon sur le Swiss Peak Trail en septembre, je ne pouvais pas supporter de finir la saison sur un échec. C’est donc un peu à la dernière minute que je décide de m’envoler en cette fin de mois d’octobre vers la Réunion pour participer à la Diagonale des Fous et tenter d’être finisher pour la deuxième année consécutive. Même si mon n’entrainement de fin de saison ne m’a pas spécifiquement préparé pour cette course, je me sent prêt, en forme et surtout motivé à aller au bout de ce défi. Mon objectif : finir quoi qu’il arrive, et pour le sport tenter d’améliorer mon chrono de l’an dernier de 34h30.
 Quelques jours avant la course, je retrouve avec plaisir la vie Réunionaise, ainsi que les amis de la Team Gaspar qui avaient réalisés mon assistance l’année passée et feront de même cette année. Mon ami Phil, coordinateur du team est toujours aussi motivé et dynamique pour cette belle aventure humaine et cela me donne encore plus de force pour affronter ce Grand Raid.
Veille du départ, je vais récupérer mon dossard avec Galinette Laurie. Le Team Endurance Shop 13 est une fois de plus bien présent sur cette étape de l’Ultra Trail World Tour ! Mon après midi est consacrée aux derniers préparatifs de course avec la confection des mes sacs d’assistance, choix de la tenue suivant la météo qui s’annonce très clémente, révision du parcours…tout ceci afin d’avoir l’esprit libre le jour de la course et me reposer un maximum.

Le jour J arrive. Une journée toujours assez compliquée à gérer avec un départ à 22h entre siestes, repas et impatience de se lancer dans l’aventure. Vers 20h, je rejoins Laurie pour nous positionner dans le sas de départ du coté des Elites. Quelle Chance ! On se sent alors tout d’un coup redevenir coureur du dimanche à coté des stars mondiales comme Antoine Guillon, Diego Pazos, Jim Walmsley, Andrea Huser. Plaisir aussi de retrouver sur le départ les amis coureurs provençaux avec Irina, Fabrice d’Alletto et Sandra Cochini.

A quelques minutes du départ, nous nous retrouvons serrés comme des sardines sur la ligne de départ. Certes dans le peloton de tête mais on sent la pression des 2500 coureurs derrières prêts à en découdre sur ces 165km et 9700D+. Ca y est, comme l’an dernier, la musique de départ me donne la chair de poule, je regarde autour de moi et aperçois le publique venu en masse pour nous encourager, c’est énorme. J’ai presque la larme à l’œil de savoir que dans quelques instants nous allons partir pour une aventure de fou, à la recherche du dépassement de soi !
Top départ ! Nous partons à un rythme effréné sur les avenues de Saint Pierre. Pendant plusieurs kilomètres, le public en bord de route est toujours aussi dense et ne cesse de crier. Une ambiance énorme doublée d’un feu d’artifice spécialement lancé pour le Grand Raid. Ces instants sont tellement magiques que je n’ai pas l’impression de forcer et courir à plus de 15km/h. Je suis sur une autre planète. Après une demi heure de course, nous pénétrons dans les champs de canne à sucre ou le calme de la nature reprend le dessus. Il est alors temps de se calmer et se focaliser sur le plan de course, écouter son corps et ses sensations. Je me sens en jambes, tous les voyants sont au vert.  Je décide alors de continuer sur un bon rythme avec pour objectif final de tenter de rallier l’arrivée en moins de 32h. Au passage du premier pointage au domaine Vidot, je suis en avance de 10 min sur mon temps de l’an passé. Cela me rassure sur mes capacités du jour mais m’inquiète également car je suis conscient qu’un départ trop rapide se payera plus tard avec la fatigue. Je décide alors de baisser légèrement le rythme. Après 2h de course, je commence à ressentir une douleur au niveau du bassin qui me rappelle étrangement celle qui m’avait fait abdiquer sur l’UTMB il y a deux ans au bout de seulement 30 km. Je m’était préparé à tout sauf à ça, car effectivement si ma cruralgie se déclenche, même avec la meilleur volonté du monde, il me sera impossible de rejoindre l’arrivée, même en 3 jours. J’essaye alors d’oublier et de rester positif. Même s’il fait nuit noire, j’essaye de me divertir avec le peu de paysage visible à la lueur de ma frontale. Je pense à ma course, au prochain ravitaillement de Marre à Boue où je vais retrouver l’assistance du Team Gaspar et le fameux gâteau Patate. Je suis tellement concentré sur mes pensées que comme de nombreux coureurs, je loupe un balisage et me trompe de chemin en continuant sur une piste descendante. Au bout de 5 min, ne voyant plus de balises, nous faisons alors demi tour. Au bilan, dix bonnes minutes de perdues et une vingtaine de place perdues. Je relativise, reste calme et me dit que cela fait parti du jeux et que la route est encore très longue : nous n’avons couru que 5h sur les 32 prévues !

La descente sur Marre à boue cette année encore se fait sur un sentier très sec ce qui permet d’un peu dérouler la foulée sans trop prendre de risque. Arrivé à l’entrée du poste d’assistance de Marre à Boue, un bénévole du team Gaspar m’intercepte pour me ravitailler : je recharge en barre de céréale, en eau, englouti un morceau de gâteau patate et repart pour l’aventure. Par gourmandise, et pour le moral, je m’arrête également au ravitaillement pour manger rapidement une assiette de riz et un morceau de poulet grillé ! C’est donc le ventre bien (trop) rempli que je repars à l’assaut de la base vie de Cilaos. Cette fois ci, contrairement à l’erreur commise sur mon ultra en Suisse, j’ai clairement découpé mentalement cet ultra en 3 course distinctes avec un premier ultra de 70km entre le départ et Cilaos, un second à travers Mafate et un dernier marathon de 40km de Sans Souci à l’arrivée. A présent je ne pense donc ni à l’arrivée, ni au cirque de Mafate, mais uniquement à mon arrivée à Cilaos.
5h30, le jour se lève sur Coteau Kerveguen et laisse découvrir un paysage somptueux juste au dessus des nuages. Celui –ci m’avait émerveillé l’an passé et ce n’est que partie remise.  Je suis en plein rêve éveillé ! Malheureusement cette année j’ai du mal à digérer ce morceau de poulet et n’arrive plus à m’alimenter correctement. J’attaque alors la descente sur Cilaos avec un gros coup de moins bien. Je commence à voir des étoiles. Je me force alors à manger une barre pour reprendre des forces. Je descend très lentement mais cela ne me gène pas plus que ca car cette descente très technique et pentue et très piégeuse et vu le dénivelé sur le bord du sentier, la chute est strictement interdite. J’assure et descend en mode économie. Arrivé en bas, le temps de remplir en eau que je vois alors les collègues gardois Fabrice D’allletto et Guillaume Taupenas revenir sur moi. Je repars alors avec eux ce qui me permet de revenir un peu dans ma course. Nous discutons,  ce qui fait passer les kilomètres plus rapidement. Fabrice m’explique également qu’il est encore sur la fatigue de son 100 miles remporté il y a 15 jours et que Cilaos sera pour lui la fin de cette Diagonale. Arrivé à la base vi de Cilaos, le team Gaspar me permet de repartir tout neuf avec un changement de tenu, un massage de quelques minutes et bien sur quelques morceaux de gâteau patates. A la sortie du ravito, j’ai vraiment l’impression de repartir pour une nouvelle course. Il est donc temps de passer à mon nouvel objectif, la traversée ou plutôt le chantier du cirque de Mafate, car si jusqu'à maintenant ma moyenne était de 6,5km/h, je sais qu’elle va désormais chuter et que la marche va devenir prépondérante.
Il commence à faire  très chaud, ce qui me va bien, je suis dans mon élément. Seul hic, une ampoule sur le talon commence à me faire souffrir. Pour ne pas empirer la chose je décide de perdre quelques minutes et m’appliquer un pansement type seconde peau sur le talon même si je suis persuadé qu’il ne tiendra pas très longtemps avec l’humidité.

La montée du Taibit se fait sous un soleil de plomb. Même si je me sens bien, je décide de ne pas trop forcer pour rester frais car cela ne fait même pas 12h que je cours. De plus, ce passage reste toujours un peu « stressant » car une fois le col franchi, nous basculons dans le cirque de Mafate où plus aucun rapatriement n’est possible. Il faudra aller quoi qu’il arrive jusqu'à Sans Souci au km 120.
Une fois le col franchi, j’essaye alors de m’imposer un rythme soutenu en descente pour essayer de gagner quelques minutes car actuellement je suis sur les mêmes temps de passages, à la minute prêt que l’an dernier.
Arrivée au ravitaillement de Marla, je me dirige vers l’assistance médicale afin qu’ils renforcent mon pansement au talon pour limiter les frottement : le médecin sort alors un aiguille pour crever l’ampoule mais je lui dit que ce n’est pas la peine, qu’elle a éclatée depuis longtemps et que je veux juste un gros morceau de strap pour limiter le frottement et la douleur. Il me confectionne alors pansement d’ultra traileur que j’aurai même du mal à enlever  sous la douche après la course !
Une fois de plus me voilà reparti presque tout neuf pour la suite de cette aventure. Les kilomètres commencent à se faire longs, surtout que je connais le parcours. Mais la beauté du paysage fait que je ne m’ennuie pas un instant. Je suis immergé dans ce grand raid et j’ai l’impression que rien ne pourra m’arrêter. Je n’ai aucune pression, je ne connais d’ailleurs pas mon classement, je cherche juste à avancer et si possible un peu plus vite que l’an passé pour améliorer mon temps. Tout va bien, le moral est là, les jambes sont un peu lourdes mais cela est normal. Seul bémol, c’est coté alimentation où j’ai de plus en plus de mal à ingérer des barres. Pas grave, ma stratégie sera de plus m’alimenter en aliment « naturel » style bananes, pain d’épices, patate douce, riz, soupe, fruits secs sur les ravitos et « jeuner » entre deux ravitos.
Les heures défilent, je suis toujours dans le cirque de Mafate, à traverser de ravines en ravines, à descendre des sentiers très techniques, remonter sur des pentes abruptes remplies de marches. Mais je suis Zen, j’ai l’impression d’être chez moi,  je connais ces sentiers, je prends mon mal en patience. Je partage quelques instant avec les coureurs que je double ou qui me doublent mais qui sont pour la plus part plus stressés que moi à voir que nous n’avançons pas dans ce chantier. Cela me fait rire intérieurement.
Aux ravitaillements de Ilet à Bourse et Grand Place, j’aperçois des coureurs au regard livide, vidés, avachis sur des fauteuils. Je pense qu’ils vont abandonnés mais non personne ne veux rien lâcher et tous repartent. Même si nous avons l’air de zombis, nous voulons tous finir dans nos objectifs ce qui donne de l’intensité et une densité de bons coureurs importante en tête de course. Personne ne lâche rien.
Il est 16h00 passé, nous attaquons le début de la sortie du cirque avec la très longue montée sur le Maido. Un coureur qui m’accompagne me lance alors « prêt pour la séance de step ! ». Etrangement, je ne me rappelais pas de ce passage, mais nous faisons alors face à une montée sèche de 700D+ en seulement 2km avec des marches de parfois 40cm à franchir. Motivé, je rythme à la cadence à mon collègue du moment et réalisons une montée à un bon rythme. Arrivé au ravito de Roche Plate, je pense alors être en avance sur mes temps, mais je n’ai au final que 10 min d’avance après 20h de course. Cela va être compliqué de gagner 2h au final.
Je reste motivé car ces quelques minutes gagnées me font allumer ma frontale dix minutes plus tard que l’an dernier et cela fait du bien. Je suis content d’attaquer la montée du Maido encore de jour ! Après plus d’une heure et demi de montée, me voilà enfin sorti du cirque de Mafate. Pour ne pas perdre de temps, je décide alors de ne pas aller à la tente d’assistance de Gaspar car il me reste encore des barres vu que je n’en consomme plus depuis un moment. C’est parti pour les 13 derniers km qui me séparent de la fin de mon deuxième ultra, Sans Souci. J’arrive alors dans un passage qui avait été critique pour moi l’an passé. Une succession de relance en faux plat descendant pendant 5km qui m’avaient fait perdre beaucoup de temps l’an passé. En connaissance de cause, je prend mon courage à deux mains et décide de relancer et toujours trottiner sur cette portion pour limiter la casse et essayer encore de grappiller quelques minutes.  Cela fonctionne et aborde la descente sur Sans Souci, à un rythme correct en compagnie d’un coureur réunionnais accompagné d’un pacer (ce qui pour le coup est beaucoup moins correct…bref).
Arrivé à la base vie, je retrouve mon assistance Gaspar  qui une fois de plus me refait une santé. Je regarde ma montre, j’ai presque 20 min d’avance sur l’an dernier. Comme convenu je m’accorde une pause de 20min pour me faire masser, changer de tee shirt, de chaussures et profiter d’un repas chaud à base de poulet et de pates vu que j’ai décidé de ne plus consommer de barres entre les ravitos. J’en profite également  pour demander des nouvelles de Laurie : Le bénévole m’annonce qu’elle est passée deux heures après moi à Roche Plate ! Super, je suis contant pour elle mais me dit qu’il va falloir se bouger si je ne veux pas qu’elle revienne. Avant de repartir, je saisi au vol 2 mini crêpes à la confitures qui sont un peu la marque de fabrique de ce ravito…cela fait parti du mythe Grand Raid.
Une fois de plus me revoilà parti presque tout neuf pour ma dernière étape de 40 km avant l’arrivée finale au stade de la Redoute. A ce stade de la course, je sais que sauf grosse blessure, je serai finisher. Le moral est donc au beau fixe mais le physique flanche. Peut être que je me suis trop lâché dans la descente et que je le paie maintenant. Je n’avance plus dans cette interminable montée. Je me fais doubler par plusieurs coureurs. Ces instants sont durs à vivre mais je relativise. Je commence également à sentir des échauffements sous les pieds. Ca y est, je suis au fond du seau, je commence à broyer du noir. Oui je vais continuer mais j’ai l’impression que je vais mettre beaucoup plus de temps que prévu pour finir ce Grand Raid. J’essaye alors d’avoir des pensées positives dans cette nuit noire. Je pense à mes amis, ma famille qui suivent le live. Mais à cette heure ils doivent dormir !  Je suis vraiment seul. Des coureurs, qui ont l’air d’être en pleine forme continuent de me doubler. Les hallucinations commencent aussi à faire leurs apparitions. Cela signifie que je suis vraiment fatigué ! Tant bien que mal j’arrive au ravitaillement du sentier Ratineau où pour la première fois le pointeur m’annonce mon classement : « bravo raideur, tu es 98ième.».  Cela me mine encore plus car avec mon avance relative sur mon chrono de l’an passé je pensais plus être dans les 60ièmes.
Bref rien ne va. Je m’accroche à un groupe de 2 coureurs avec qui je commence à discuter. Leur rythme n’est pas très soutenu mais cela me permet de me remonter un peu le moral. Après une bonne demi heure de papotage, je retrouve peu à peu des forces : Oui je peux continuer avec mes deux compères à ce rythme et arriver à  la Redoute tant bien que mal, mais je peux aussi encore aller chercher un bon chrono. Allez Go, je prend sur moi, sert les dents et me force à relancer et commence à distancer mes 2 amis. Au ravito de la Possession, je passe alors à la minute dans mes temps de l’an passée. Il ne faut pas lâcher ! En route pour le mythique sentier des Anglais où il faudra être fort pour courir sur ces gros pavés. Le début du sentier se passe bien mais asse vite, je me fais rattraper par la monotonie du sentier : Sous le halo de ma frontale, je vois défiler un à un les gros pavés noirs alignés sur des kilomètres sur lesquels je cale mon pas tel un métronome.  Il est 5h00 du matin, et en cette fin de seconde nuit blanche je n’arrive pas à résister à l’appel du sommeil. Moi qui croyais avoir vaincu ce fameux coup de barre de la seconde nuit, je suis en train de tomber en plein dedans. Mes paupières se ferment machinalement, mes pas deviennent hasardeux et commence à tituber sur le sentier. Je m’arrête un instant pour reprendre mes esprit mais dès que je repart, je me ressent partir. J’aperçois alors un rocher sur lequel j’ai envie de m’asseoir. Oui, non, je suis incapable de me rappeler si je m’y suis réellement assis mais dès mes fesses peut être posées je suis reparti, pour avancer. Je bois un coup pour essayer de me réveiller quand j’entends tout à coup le chant de mon sauveur. C’est le chant des oiseaux qui annoncent le lever du soleil. En quelques minutes, j’aperçois la lueur du jour qui me réveille presque instantanément. Me voilà reparti en direction de la dernière ligne droite.

Je passe le ravito de Grande Chaloupe et constate qu’à quelques minutes je suis une fois de plus dans mes temps de passage de l’an passé. Bien que j’ai envie d’attaquer dans cette dernière bosse de 600m de D+, la fatigue se fait ressentir et je suis obligé de monter à l’économie.  J’ai l’impression de ne pas avancer et pense que je perds beaucoup de temps mais arrivé au sommet de la bosse, une fois de plus, je suis toujours dans mes temps de passage. Décidé à ne pas m’arrêter au dernier ravito, je craque tout de même pour un mini pain au chocolat posé sur la table (et oui il est 7h30, c’est l’heure du petit déj !).


Plus qu’a descendre sur 5 km et c’est l’arrivée. Malgré la technicité du sentier, je prend le temps de savourer ce moment: je repense à tous les moment durs de la course, aux moment passées à s’entrainer, au soutiens de mes proches, amis, à ce sentiment d’accomplissement…je suis heureux et j’ai la larme à l’œil.
Je regarde ma montre et commence à rire de constater que je vais mettre exactement le même temps que l’an passé ! 
Cela fait 34h35min que je suis parti que je rentre dans le stade de la Redoute. Je foule pour la seconde année consécutive cette piste en terre rouge et franchi l’arrivée heureux. Je tourne alors la tête pour voir le classement, et une fois de plus sourit car je suis pile poil 100ième.



Un grand merci au team Gaspar pour cette assistance de choc avec des bénévoles au top ! Merci à tous les amis, famille pour vos soutiens sans lequel je n’arriverai pas au bout de toutes ces aventures. Bravo à Laurie, Sandra, Irina, Guillaume et tous les autres….d’avoir bouclé ce Grand Raid.
Deux semaines après l’aventure, j’ai l’esprit encore rempli de toutes ces images de course, de ces moments de partage, de rencontres.
Même si je n’ai pas tenu mon objectif de temps, je suis heureux de m’être prouvé que j’étais capable de réaliser la même performance que l’an dernier et de finir une fois de plus un ultra! Je suis simplement heureux aujourd’hui d’avoir couru deux fois coup sur coup la Diagonale des Fous en 34h30 !
Au final je suis simplement heureux de pouvoir courir !
« We love running ! »










vendredi 8 septembre 2017

Swiss Peaks Trail, l'ultra extreme !

 Quoi de plus excitant que de participer au Premier Swiss Peaks Trail, qui, avec 170km et 10 600D+ (mais surtout 12 000D-) devait nous faire traverser une partie du Valais Suisse. Vu qu’aucun temps de référence n’était fixé, et ne connaissant pas la région, je décide de baser ma préparation sur un peu de vitesse, vu que nous sommes assez proche du massif de Mont Blanc, je me dis que le terrain doit être similaire donc « roulant ». Pour établir ma feuille de route et mes temps de passage, idem, je prévois une allure UTMB avec un chrono ambitieux de 28h.

Arrivée sur place, la veille de la course, je pars retirer mon dossard sur les bords du lac Léman, serein et confiant. Après une bonne nuit de sommeil, direction le barrage de Dixence où sera donné le départ à 13h.


Dès lors, on sent que ce trail va être atypique : arrivés au pied du barrage, nous devons prendre le téléphérique pour nous rendre sur la ligne de départ, placée sur le barrage, à 2400m d’altitude. Le paysage est à couper le souffle avec le lac de Dix et les glaciers en arrière plan. Tout est déjà calme, nous avons l’impression d’être au milieu de nulle part : un barrage et juste une arche de départ avec les 200 coureurs qui se rassemblent peu à peu. Nous sommes loin de l’ambiance survoltée de l’UTMB ou de la Diag, mais ce retour aux sources fait du bien et permet de faire le vide avant le départ.

Juste le temps d’un briefing sommaire, où l’organisateur nous confirme les mauvaises prévisions méteo pour le lendemain, que le départ est lancé. Je pars dans le peloton de tête, en compagnie du futur vainqueur, Patrick Bohart, qui se contente de suivre. Après une traversée du barrage, nous attaquons la première montée qui nous amène au pied des glaciers à 3000m d’altitude. Avec le peu d’acclimatation à l’altitude (vu que la veille je dormais encore à 400m), je décide de ne pas trop forcer mais sens néanmoins que ce manque d’oxygène nous fait déjà fortement puiser dans les réserves. Je lâche un peu la tête de course pour me placer dans les 10 premiers et profiter un peu de ces paysages magnifiques. Très vite je me retrouve isolé, ce qui renforce le coté sauvage de la course. Tout va bien, nous traversons des gros blocs de rochers qui rendent la progression difficile et je commence à me rendre compte que le terrain n’est pas aussi roulant que ce que j’avais prévu. Je me dis alors que cela s’améliorera après et que ce parcours ne peut pas être aussi terrible que celui de l’Echappée Belle.
Les deux premiers cols franchis, nous entamons alors une descente de 1800D- qui risque de faire chauffer les cuissots. Je décide alors de descendre à l’économie et conserver une foulée légère pour limiter la casse. Sans perdre de place, j’arrive en bas assez frais pour le premier ravito. Le seul hic, c’est juste que mes temps de passage ne correspondent pas un brin à ceux que j’avais prévus. Je comptais être là en 2H15 alors qu’il m’aura fallu presque 4H et cela sans trainer. Je reste alors convaincu que la suite sera plus roulante et repars confiant pour les 20 prochains kilomètres qui me séparent du second ravito.


Très vite, la pente se raidie et une fois de plus, la vitesse n’est pas au rendez vous malgré le rythme que j’essaie de m’imposer. Ce rythme convient d’ailleurs très bien à un autre coureur suisse, avec qui je commence à discuter pour passer un peu le temps. Nous en venons alors au sujet de nos temps prévisionnels de course où il m’annonce un 36 heures et me dit que Patrick Bohart vise un 28 heures. Tout sourire, je lui annonce alors que moi aussi j’avais misé sur 28h mais que vu ses dires, je devais surement me raviser à rajouter quelques heures. Il confirme, en ajoutant qu’il connaît bien l’organisateur et qu’il est du genre à tracer des parcours bien exigeants. Bref, moi qui pensais ne pas devoir rallumer ma frontale le samedi, je refais un rapide calcul et constate que mon arrivée se fera au mieux à 23h. C’est donc raté pour l’apéro au bord du lac avec le coucher de soleil !
Nous avançons, mais ne pouvons pas dire que les kilomètre s’enchainent. J’ai l’impression d’être sur le GR20. J’essaie alors de faire abstraction du temps et aperçois au loin, très loin, le second ravito. Il est 18h passé et il commence à faire frais à 2700m d’altitude. Heureusement, le ravito est à l’intérieur d’un refuge, chauffé. Toujours accompagné de mon collègue de route, nous « profitons » du ravito et prenons bien 5 minutes pour nous ravitailler. Le temps de dévorer quelques morceaux de bananes, des fruits secs, un morceau de quatre quart et un thé.

Après ce festin, direction la seconde grosse descente, elle aussi de 1800 D- qui va également faire mal aux cuisses. Même stratégie, j’y vais cool, mais commence à accuser le coup. Je laisse filer mon compère. J’ai mal aux quadri mais aussi à cette fichu cheville, et commence également à sentir les lombaires qui tirent. Très vite, une fatigue générale apparaît alors que je n’ai fait que 40 kilo (comme disent les Suisse). Très vite le moral aussi en prend un coup. Je broie du noir et il me paraît impossible de pouvoir être capable de faire encore 130 km. C’est là où je comprends que j’ai pris cet ultra trop à la légère. Et non ce n’est pas une formalité de courir 170km pendant 28 h (ou plutôt 36h vu mon nouvel objectif). 

Peut être trop confiant, je m’étais préparé mentalement comme pour un ultra de 100km en me disant que cela irait vite. Faux ! je suis sur un vrai ultra, le chemin sera très long avec des hauts, des bas, des moments de doute, d’euphorie, de douleur, de joie, il va falloir se découvrir. J’accepte alors mon sort et remets en application les basiques, à savoir ne pas se projeter sur l’ensemble de la course mais cheminer étape par étape en se fixant comme but le prochain ravito et ainsi de suite. J’oublie alors ces 130 kilo restant, les 25 ou 30 heures de course restantes et me focalise à nouveau sur la prochaine étape, la base vie de Champex à 15km de là.

Le moral revient un peu malgré la nuit qui commence à tomber. La montée vers Champex à la lueur de la frontale me paraît interminable. Je recommence à me démoraliser et envisage l’abandon à la base vie car le plaisir n’est plus là. Je cogite et cherche un motif valable pour continuer. Allez après Champex je vais faire une quinzaine de kilomètre que je connais bien pour l’avoir parcouru plusieurs fois lors de la CCC avec la montée sur Bovine puis la descente sur Trient. La voilà ma motivation, fouler à nouveau le parcours de l’UTMB que mes amis Laurie, Philippe, Emilie, Baptiste et les autres ont foulé la semaine passée dans un état peut être pire que le miens. Je dois le faire pour eux !


J’arrive alors sous la tente de Champex, la même que celle de l’UTMB qu’ils ont conservée pour le Swiss Peaks. Mes parents sont là, et m’ont préparé mon ravito et ma tenue de rechange pour passer la nuit. Je jette un coup d’œil à ma montre et m’oblige à me « reposer » 30 min pour bien me ravitailler. Je savoure 2 bols de pâtes bolognaises accompagnés de quelques morceaux de bananes et de quatre quarts. Je prends le temps de me changer en mettant un tee shirt à manches longues et prévois bonnet et gants plus épais pour affronter la nuit et la pluie annoncée. 29 min plus tard, une bise rapide à mes parents et me voilà reparti pour affronter la nuit.

La montée sur Bovine se passe assez rapidement, j’ai repris du poil de la bête, le moral va bien, et étrangement les jambes aussi. Je bascule alors sur la descente vers Trient, avant de bifurquer par rapport au parcours de l’UTMB. Cela fait déjà presque 3 heures que j’ai quitté Champex et toujours pas de ravito. Je m’amuse alors à comparer la différence folle entre l’UTMB et ce Swiss Peaks : Sur l’UTMB j’aurais déjà passé 2 ravitos, à Bovine puis Trient alors que là il me faut encore 1 heure avant de trouver le prochain : de sacrées étapes ! J’aperçois alors le village de Finhaut où se trouve le ravito mais malheureusement une profonde vallée escarpée nous sépare. Je me retrouve alors dans une descente bien raide typée Réunion avec des marches énormes à franchir. 
Le plus dur est de se dire qu’il faudra remonter la même chose une fois la rivière franchie.
Enfin je rejoins le ravito situé dans un gymnase. L’ambiance est calme, normale il est 2h du mat. Je recharge en eau et repars à l’assaut d’un gros morceau avec 3 cols de 2500m à franchir toujours dans la nuit et seul !
Une fois de plus, pour garder le moral, je me focalise sur le prochain objectif, le prochain ravito. L’ennuie c’est qu’il est à 20km et 2000m D+ plus loin. J’estime à 5 à 6h le temps pour y arriver, ce qui me semble insurmontable. Je prends mon mal en patience et pars à l’assaut de la montagne. Ca monte droit dans le pentu au travers de la foret. Mes jambes me font mal. Je résiste et essaie de profiter du paysage éclairé par la pleine lune. C’est d’ailleurs bon signe car tant que je vois la lune c’est qu’il n’y a pas de nuages donc pas de pluie. Après une heure de montée, je longe alors le lac d’Emmosson où nous traversons un tunnel sur presque un kilomètre. Malgré mon mal aux jambes, je me force à courir pour essayer d’avancer un peu plus vite sur cette piste à plat qui suit le lac. Enfin cela remonte, et je reprends mon rythme de marche. Très vite je reprends de la hauteur et l’ambiance devient minérale. Avec la pleine lune j’aperçois même la sortie du col, ce qui me motive. J’aperçois également au loin 3 frontales de coureurs qui sont en train de monter. Cela fait du bien de sentir une présence humaine depuis le temps où je cours seul dans ces montagnes. Une fois le col franchi, gros coup de déprime : Je pensais qu’il n’y avait qu’une petite descente pour le col suivant, et en fait j’aperçois les autres coureurs très très bas alors que le prochaine col est à même hauteur que celui-ci. Je descends alors sur ce sentier très raide, glissant qui alterne entre gravillons et moraines. Je subis ce dénivelé négatif qu’il faudra remonter en face. De nouveau, je me démoralise et pense que ce trail sera interminable. Je ne me vois pas avancer. Allez cette fois c’est dit, prochain ravito, j’arrête même si je sais qu’il n’y a pas de rapatriement possible. Je prendrai une piste pour rentrer vers la civilisation. Je chemine difficilement, un peu déçu de mon échec ! Le jour commence à se lever au passage du col et j’aperçois mon « arrivée », à savoir le prochain ravito. Je suis presque heureux. J’entame la descente et pense alors à tous mes amis qui en ont bavé sur l’UTMB, à tous mes amis, à ma famille, qui m’ont envoyés des petits messages avant le départ en croyant en moi. Non je n’ai pas le droit d’abandonner. C’est trop facile. J’arrive alors à ce si attendu ravito, après 18 heures de course. Je me ravitaille mais hors de question de rendre mon dossard. J’ai mal, mais je veux repartir. Je m’assois 5 min le temps de reprendre des forces. Puis go ! direction la suite du parcours : encore 4h pour retrouver mes parents sur la seconde zone d’assistance.

Encore un col à 2500m à franchir. Mais cette fois-ci, je constate que le temps commence réellement à se gâter. Il commence à tomber quelques flocons de neige fondue, mais rien d’alarmant. Par contre le vent se fait se plus en plus violant à mon approche du col. Je décide alors, malgré la fatigue, d’accélérer le pas pour ne pas trainer là haut. Même mes bâtons ne tiennent plus à la verticale si je ne le tiens pas fermement. Ca caille. Je me dépêche de basculer et cours même assez vite sur le premier kilomètre après la descente pour sortir de cette zone de tempête. Malheureusement, le vent faibli mais la pluie se renforce. Je mets alors ma capuche et continue tranquillement ma route. La descente est très longue et une fois de plus, je commence à être moins bien physiquement. J’ai mal aux jambes et au dos. Une fois de plus, je commence à broyer du noir et fais l’erreur de penser qu’il me reste à minima 15 heures de course. Le moral en prend un coup et je n’arrive même plus à courir en descente. Que faire au prochain ravito ? abandonner ? Non je sais, je vais dormir 20 min pour me refaire une petite santé. Je n’y crois pas vraiment mais opte pour cette stratégie.



Arrivé à la zone d’assistance, mes parents ont une fois de plus installé une assistance au top. Je n’ai même pas ouvert la bouche que ma mère me propose un sac de couchage. Au top ces mères, elles lisent dans nos pensées. Je lui donne alors mon sac de course pour qu’elle refasse le plein d’eau, de barres et change quelques accessoires pendant que je pars m’allonger 20 min. Je trouve le sommeil en quelques minutes, allongé sur une table en bois, bien au chaud dans ce duvet d’où ne sort que ma tête. Malheureusement à peine tombé dans les bras de Morphé, j’entends ma mère me dire qu’il est l’heure de repartir. Quelle horreur de sortir du duvet bien chaud et de voir la pluie tomber. J’ai le moral dans les chaussettes mais non je ne veux pas arrêter cette aventure. D’un pas décidé, je remets ma gore tex, enfile (pour la première fois de ma vie) mon pantalon étanche, mets mon sac sur le dos et repars tambour battant en donnant rendez vous à mes parents à la prochaine base vie.
La pluie tombe fort mais je suis satisfait de mon matériel qui résiste bien. Malgré ces conditions pourries, je me dis que cela permet au moins de m’entrainer et de tester du matériel pour un futur Tor des Géants (en 2018 ?). J’arrive au ravito où je ne traine pas trop. Juste le temps d’échanger un peu avec les bénévoles qui m’annoncent qu’il y a déjà plus de 100 abandons sur la course. 
Je repars confiant, toujours au sec malgré la pluie battante. Au sec, oui mais pas longtemps. Juste le temps d’un petit passage en crête avec des rafales de vent ignobles qui font tomber la pluie horizontalement et me fouette le visage. Tout d’un coup, je sens l’humidité m’envahir. Même stratégie que ce matin, je me dépêche de franchir ce sommet et bascule rapidement dans la descente.
Descente très humide, dans la boue et les flaques où mes pieds sont détrempés. Le balisage se fait sommaire, surement emporté par le vent. Je me perds quelques minutes. Un peu à tâtons, je retrouve le bon chemin pour entamer la montée vers la pointe des Mossettes qui est exposée en plein vent à 2000m. Je commence à monter, humide, je sens le froid m’envahir. Ce n’est pas bon signe. Plus je monte, plus le vent et la pluie se renforcent. Je commence à avoir les doigts gelés malgré les gants. Ce n’est pas bon, je sais alors que je rentre dans ma zone de doute. J’ai résisté pendant 24h de course mais là je sens que ce coup de froid risque d’être la goutte d’eau qui fera déborder le vase. Je ralentis, m’arrête, hésite une fois. Repars. Comment vais-je faire, si, sur le sommet, je rentre en hypothermie ? Il me reste 700D+ et je suis déjà frigorifié. Comment est-ce possible d’arriver à passer ce sommet dans ces conditions ? Où est le plaisir ? Je suis là pour me dépasser mais cela reste un loisir ! Toutes ces questions tournent en boucle dans ma tête. J’en ai les larmes aux yeux de savoir que je suis en train de me convaincre de faire demi-tour. C’est plus fort que moi, je saisis alors mon téléphone portable, appelle mes parents et leur annonce que je fais demi tour. Ca y est c’est dit ! Ni une ni deux, je repars à contre sens pour rentrer au plus vite. Je croise alors un coureur qui m’a l’air aussi mal que moi et lui souhaite bon courage ! Puis un second enroulé tel une papillote dans sa couverture de survie. Je suis alors à la fois déçu d’abdiquer mais heureux de savoir que d’ici une heure je serai au sec et au chaud !
Après une heure de descente sur une piste, je retrouve enfin mes parents qui m’embarquent dans la « voiture balais » et d’où j’appelle l’organisation pour leur signaler mon abandon.

Oui cela fait toujours mal de devoir abandonner sur une course surtout après 25 heures de course où l’on se fait violence pour ne jamais abdiquer.

Oui cela est dur de constater que tout peu basculer en quelques minutes et que cette décision est irréversible.
Oui cela est dur de se réveiller le lendemain et se dire qu’on aurait pu faire parti de ces quelques finishers du premier Swiss Peaks Trail.
Mais pour une fois, je n’ai bizarrement pas l’impression d’avoir abandonner. Peut-être parce que ce trail fera parti des anales avec seulement 28 finishers, soit 86% d’abandons. Peut-être parce que je sais que la course a été stoppée là où j’ai arrêté, 3 heures après mon passage pour cause de sécurité. Peut-être parce que c’est le trail (ou morceau de trail) le plus exigent que j’ai fait de part sa technicité, son profil, son coté sauvage et le peu de ravitaillements (8 pour 170km).
En tout cas, je remercie tout ceux qui m’ont témoigné de leur soutien avant pendant et après la course. C’est grâce à vous que je suis arrivé jusque là !
Merci également à l’organisation, qui malgré les critiques, nous a offert un ultra engagé, sauvage et aux paysages de rêve.
Encore plus que sur d’autres ultras, ce trail m’a permis de tester mes limites, de relativiser sur le fait qu’il me reste encore beaucoup à apprendre, de me challenger, mais surtout de me donner encore plus la niaque pour mes prochains ultras avec une soif de revanche et une envie encore plus grande de courir.
We love running ! »